Je ne suis jamais allée dans un cours d'art dramatique...

Chantal Galiana 1978                                                                           Photo Emmanuel Franval 

... quand au conservatoire ça ne m’est même pas venu à l’esprit. 

Je ne sais pas ce que j’imaginais mais «ce n’était pas pour des filles comme moi»

Le seul concours que j'ai tenté est celui de l’école de Nanterre, l'année de sa création.

Premier tour : entretien avec Pierre Romans.

Je ne l’ai pas connu plus que ça mais j’ai un très beau souvenir de cet homme sensible et plein de finesse et j'ai souvent une pensée pour lui.

Deuxième tour : J’aurais pu choisir un texte de Tchekhov de Brecht, de Peter Handke ou de Botho Strauss...  mais non, je ne sais pas ce qui m’a pris et je suis arrivée avec La Fille du puisatier de Marcel Pagnol.
Du 
Marcel Pagnol à Nanterre devant Patrice Chereau !  

Un copain me donnait la réplique. La scène se passait sur une moto. A cheval sur une chaise j’ai joué avec l’accent de Marseille. 
Je me souviens que quelqu’un dans le jury a dit : « cette fille est folle » ! 

Et voilà, je ne suis jamais allée dans un cours d'art dramatique ...

Mon enfance n’a pas été bercée par Bach ni par Mozart.
À la maison c’était plutôt Leny Escudero ou Jean Ferrat.
Ma mère fredonnait Petite fleur

ma tante Nicole, Perfidia

ma tante Paulette, What’d I say
Je n’allais pas au Théâtre, ni à l'Opéra, ni au musée, mais mon père, Jean, alias Jeannot me trimballait sur son solex jusqu’au Rialto où j'ai vu tous les films avec Joselito :
Clavelitos clavelitos clavelitos de mi

 

A 7 ans je lisais Les contes du chat perché et la Comtesse de Ségur

A 10 ans les romans d'Hector Malot,

à 13 ans Salut les copains et Mademoiselle Age tendre

à 15 ans j'écoutais du Folk à 17 ans Neil Young

à 18 les Doors, Nico et le Velvet underground

 

Chacun sa culture !

 

La première fois que je suis venue à Paris j’avais 19 ou 20 ans. Un ami m’a emmenée voir La chevauchée sur le lac de Constance, de Peter Handke. Mise en scène : Claude Régy. Distribution : Delphine Seyrig, Jeanne Moreau, Michael Lonsdale, Sami Frey, Gérard Depardieu.

C’est une chose qui ne s’oublie pas. A 22 ans je suis devenue parisienne et je me suis inscrite dans une école de maquillage. Je copiais les maquillages de Serge Lutens qui était alors maquilleur chez Christian Dior et je transformais toutes les filles en geishas à commencer par moi-même.

En 1978 je suis allée au festival d'Avignon où j'ai plutôt arpenté le off.  C'est là que j'ai vu par exemple les Mirabelles dans Les berceuses d'orage spectacle drôle sensible et insolent tout à la fois. C'est là aussi que j’ai rencontré Ricardo Mosner, Anne Lecouvreur et le Théâtre en poudre.

Ils préparaient un nouveau spectacle : Variétés à Chinatown. Ils m’ont proposé de faire partie de l’aventure. J’ai dit oui sans hésiter. On a joué à Paris puis à Amsterdam.




En haut à droite il y a Anne Lecouvreur en bas Elisabeth Wiener, au centre Marcia Moretto qui a été immortalisée par la chanson des Rita Mitsouko :
Marcia Baila.

Et puis il y a les trois garçons
de haut en bas : Ruben Alterio, 
Jean - Pierre Chaty, Ricardo Mosner.

Moi je suis en haut à gauche. C’était mon premier spectacle à Paris.

 

 

Avec Ruben Alterio en 1981

 

C’est encore avec Ricardo que j’ai enregistré ma première fiction radiophonique. Il avait écrit un feuilleton pour Bertrand Jérôme (France culture) : Les étranges aventures d’Onirio La Sombra. Anne et moi nous étions les sœurs Karamasova.


En 1980 j’ai réalisé avec Marina Bouillet les maquillages du premier court métrage de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet : Le Bunker de la dernière rafale. Malgré l’ambiance post-apocalyptique du film on s’est beaucoup amusé sur ce tournage, et vous comprenez bien qu'ensuite je n'ai plus eu envie de mettre de la poudre sur le nez des jolies actrices... et je n'allais tout de même pas les balafrer ! Alors j'ai dit adieu à l'école de maquillage...