Carnet d'une drôlesse du Port de la Lune : SOLO


Au départ il y a eu ce que l'on peut appeler des lectures musicales.

Et puis un soir, Clotilde Ramondou m’a demandé de participer à une veille de soutien au Théâtre Paris-Villette.

C’était un peu improvisé, un peu «au dernier moment» et les musiciens n’étaient pas libres. Alors j'ai choisi quelques textes, j'ai pris mon ukulélé
et j'y suis allée seule. Là, au premier étage, dans une petite salle qui ressemblait plus à un salon qu'à un théâtre, j’ai raconté mes histoires de drôlesse ... et ce fut magique.

Certaines personnes étaient de ma génération, d’autres non.
Peu, ou même pas du tout, du même milieu ou de la même région.
Mais pourtant toutes ces histoires de drôlesse leur parlaient.
Peut être parce que derrière les mots il y a quelque chose de plus universel qui s'appelle tout simplement l’enfance.

Ce soir là, j'ai compris que cette la solitude dans laquelle je m'étais retrouvée me convenait tout à fait.
Alors j’ai continué à raconter et à chanter en solo sans décors sans rien juste un éventail, une petite boite à musique et un ukulélé.

Chantal Galiana tourne les pages de l'album de son enfance

Carnet d'une drôlesse du port de la lune est un spectacle invité dans le cadre de "Calendes" par la compagnie La Rumeur installée depuis le premier jour de leur investissement, dans les bâtiments de l'Usine Hollander à Choisy-le-Roi. Le lieu est une résurrection du passé industriel de la ville, une histoire déclinée au pluriel d'hommes et de femmes qui, leur vie durant, ont travaillés durement. Agnès Chaigneau et Patrice Bigel ont rendu l'âme ouvrière, in situ, en œuvrant dans la création collective artistique, tout en conservant la tradition artisanale... L'essence de la mémoire de l'Usine Hollander.

Le spectacle de Chantal Galiana s'inscrit d'aise dans Calendes, une manifestation qui ouvre les portes du temps des sucres d'orge de l'enfance aux remparts de la mort. "Quand j'étais petite, je m'appelais Paquita. Je vivais chez des bohémiens. Ils m'avaient enlevée ..."

Ainsi commence l'histoire de Chantal Galiana ! Les fillettes comme les petits garçons s'inventent des univers construits sur des rêves. L'imagination est un fruit qui mûrit de jour en jour sur les branches de l'arbre de l'enfance nourrie de naïveté et d'effronterie.

Si les contes d'Andersen ou de Perrault invitent à rencontrer des personnages extraordinaires, ceux qui peuplent le petit monde de Chantal Galiana ont réellement existé...

Dans les yeux de l'artiste défilent des visages, celui du cordonnier qui lui donnait ses premiers cours d'espagnol ou ceux des copines de classe qui s'affichent comme sur une photo de classe de fin d'année. La narration est vivante, rythmée, colorée. L'innocence et l'imagination de Princesse Ysengrin réveillent les souvenirs...

 

Par Philippe DELHUMEAU, La Théatrothèque