Brundibar à Terezin

Photo : Frédéric Terzian

Lorsqu’en 1939 les nazis occupent la Tchécoslovaquie ils refusent aux Juifs toute participation à la vie publique. Cela donna lieu à un phénomène musical unique : l’organisation de récitals privés, dans les institutions et les logements juifs. L’un de ces lieux de réunion était l’orphelinat pour garçons de Vinorhady. C’est là que Brundibar est présenté pour la première fois au cours de l’hiver 1942-1943 devant 150 spectateurs. A cette date, Hans Krása a déjà été déporté à Terezin. Après la deuxième représentation dans l’orphelinat, c’est le tour des enfants.

A Terezin, des milliers de juifs inventent la résistance par la musique.
L’élite des musiciens tchèques est entassée à Terezin, rejointe par celle d’Europe centrale. Les premiers déportés arrivent en 1941.
Les premiers concerts de musique de chambre ont lieu en secret.
Puis, la direction du camp autorise «les loisirs» et les prisonniers mettent en place des spectacles de grande qualité : récitals, concerts classiques, jazz, opéra, cabaret, théâtre, danse...

N’ayant pu emporter la partition de Brundibar avec lui, Hans Krása la recompose en l’adaptant aux instruments dont il dispose sur place (flûte, clarinette, guitare, accordéon, piano, 4 violons, violoncelle et contrebasse). Il rajoute aussi des rôles féminins. Cette nouvelle version est créée dans un baraquement du camp le 23 septembre 1943. BRUNDIBAR, parabole chantée par des voix enfantines devient l’emblème de la résistance 
et de l’espoir à Terezin et sera joué 55 fois.

 

Mais Les nazis utilisent Terezin à des fins de propagande

Ils font repeindre les façades, ouvrir des boutique remplies de marchandises, installer des bacs à fleurs... et tourner un film :

Le führer offre une ville aux juifs.

Dans les cinémas du Reich, les spectateurs voyaient des juifs danser et chanter, pendant que 
les soldats allemands se battaient et souffraient.
La croix rouge témoigne alors que Terezin est bien un camp modèle.

 

Lire La Musique à Terezin de Josa Karas (Gallimard) Voir Un vivant qui passe film de Claude Lanzmann


À la fin du mois de septembre 1944, Hans Krása n’était plus d’aucune utilité à Terezin. Les accents mélodiques de Brundibár n’étaient plus de mise après le départ de la Croix Rouge Internationale, et une fois que des morceaux choisis de l’opéra avaient été fixés à des fins de propagande sur une pellicule de celluloïd, le 17 octobre 1944, Krása reçut des mains des nazis leur récompense habituelle : Auschwitz.

LA MUSIQUE À TEREZIN

de JOZA KARAS chez Gallimard

 

Beatrice Turquand D'Auzay

 

C'est l'acteur allemand Kurt Gerron qui tourna le film Le führer offre une ville aux juifs. Après la réalisation du film, il fut déporté dans le dernier convoi pour Auschwitz où il fut gazé dès son arrivée ainsi que sa femme et toute l'équipe ayant participé au film